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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 13:18

 

RFF ou le jeu du Tartuffe

 

L'erreur trop longtemps dure,
Et c'est trop condamner ma bouche d'imposture.
Il faut que par plaisir, et sans aller plus loin,
De tout ce qu'on vous dit je vous fasse témoin

Elmire, Acte III, Tartuffe de Molière

 

Nous avons volontairement, dès la constitution de notre association, annoncé que nous serions présents dans toutes les réunions de « concertation » organisées par RFF, invités ou pas.

Non pas que nous voulions par là cautionner cette concertation mais bien plutôt faire pression à tout moment sur le maître d’œuvre du GPSO pour faire entendre la voix des habitants de l’Arruan.

Nous n’étions bien sûr pas dupes du mécanisme de récupération que RFF utiliserait tout au long du processus de concertation, visant à faire croire aux populations d’Aquitaine que, par notre implication, nous serions finalement partisans du GPSO.

Nous avons donc durant ces derniers mois réaffirmé notre opposition au GPSO et notre souhait de voir les lignes existantes réaménagées.

C’est en substance ce que nous avons écrit dans une déclaration remise à RFF lors de la réunion du groupe de travail « associations » du 10 février dernier.

Reste que RFF, confit dans son rôle de maître d’œuvre et d’autorité chargé de l’étude et de l’instruction du dossier GPSO, persiste à ignorer les arguments de associatifs protecteurs de l’environnement et fait très souvent la sourde oreille à leurs propositions ou interrogations.

Bien sûr il fait flèche de tout bois pour entretenir le faux semblant d’une concertation biaisée que la loi impose.

Ce jeu de Tartuffe trouve sa traduction dans l’abondante publicité et littérature accompagnant le GPSO sous les écrits des responsables du GPSO comme Christian Maudet.

Ce dernier ouvre sa Lettre d’information n°11 (septembre 2011)[I] par une annonce censée redorer le blason d’une concertation pourtant bien terne et peu partagée par la majorité des Aquitains : « Grâce à l’implication des habitants lors des précédents de consultation du public et à la concertation menée avec les élus locaux, RFF a proposé au Comité de pilotage le 23 juin dernier une hypothèse de tracé à approfondir ».

Preuve en est que lors de la deuxième campagne de consultation du public des pétitions d’habitants et d’élus opposés aux propositions de RFF ont rassemblé près de 800 signatures. Ce bilan de la deuxième consultation du public[II] montre un saut quantitatif de participation par rapport à la première consultation : 3581 avis contre 281.

Mais voila sur les 3296 avis dépouillés[III], on recense 2046 (soit 62,4%) «d’avis identiques ».

Or sous ce terme « d’avis identiques » il faut savoir que les habitants consultés ont répondu : « La seule hypothèse de tracé qui convienne est l’aménagement des voies existantes ».

De même à la question « La liste des principaux enjeux est-elle complète sur votre territoire ? », 49% des participants ne répondent pas (sans opinion) et 47% que cette liste est incomplète.

Autant dire que l’étude du GPSO et les argumentaires de RFF pour faire accepter les tracés ne remportent pas un franc succès !

La majorité des commentaires des sondés accompagnant ce bilan est à l’image de ces quelques points et montre, à l’évidence, que les habitants ayant répondu sont bien loin de donner leur assentiment à ce projet.

En conclusion RFF ne fait que rapporter une énième fois les mesures réglementaires qu’il entend mettre en place (protections phoniques, aménagements d’ouvrages dans les zones humides et Natura 2000…) sans revenir sur le fond : quelle est l’utilité publique socioéconomique du GPSO pour les Aquitains ?

 

Cette question centrale n’a pas été retenue par RFF dans les deux réunions de travail du 19 septembre dernier qui ont suivi cette consultation : GT6 Enjeux fonciers et patrimoniaux et GT7 Environnement.

Les comptes rendus de ces deux réunions n’étant pas disponibles à ce jour sur le site GPSO, nous en donnerons ici les grandes lignes.

S’agissant des enjeux fonciers et patrimoniaux qui sont au cœur des inquiétudes de bien des habitants du territoire (habitants des sites urbains diffus ou concentrés, propriétaires terriens et viticoles, biens communautaires…) les hypothèses de tracé retenues (H111 et H124 pour l’Arruan) n’apportent pas de modifications fondamentales sur le fond du projet donné avant l’été 2011.

Toutefois nous pouvons noter les observations majeures confirmant ou modifiant de façon pertinente les données recueillies lors des précédents groupes de travail.

Le secteur des puisages d’eau potable de Bellefond (Castres / Beautiran) verra un passage de la LGV en viaduc ou remblais pour les parties supérieures au terrain naturel.

L’emprise totale de la LGV en Gironde serait de 1070ha et comporterait 14 viaducs (longueur totale=3,2km).

Il y aurait, pour la partie LGV uniquement, 23 acquisitions de bâtis en Gironde dont la moitié sur la commune d’Ayguemorte-les-Graves, ce qui semble bien peu par rapport aux prévisions précédentes et ne tient certainement pas compte de toutes les parcelles qui seront impactées par le projet (y compris celles aux abords de la ligne existante entre Bordeaux et Saint Médard d’Eyrans).

RFF envisage la construction de 6 sous-stations électriques de puissance (dont une vers Saint Léger de Balson) afin d’alimenter la LGV, sans préjuger du mode de production de l’électricité en amont (centrale nucléaire, centrale thermique au gaz, centrale photovoltaïque…).

On devrait avoir dans le territoire une base travaux (superficie environ 50 ha) sans que son implantation soit encore totalement définie[IV], ce qui confirme nos inquiétudes malgré les dénégations précédentes de RFF.

La plateforme d’une LGV étant d’environ 15m de large, soit 25 à 30 m entre clôtures, elle conduirait, pour un passage en déblais d’une profondeur d’environ 15m, à une emprise finale de près de 100m.

Le profil en long évoqué pour la LGV près du Château Le Tuquet fait état d’un passage en déblais entre la RD1113 et les chais puis en viaduc sur le Gat Mort.

Pour les mesures d’expropriations sur le parcours de la LGV, RFF évoque à nouveau qu’elles seraient applicables aux bâtis situés jusqu’à 25m de la limite de l’emprise finale. En milieu boisé il est envisagé d’étendre l’emprise jusqu’à 25m de part et d’autre de la clôture. Ces mesures ne semblent s’appliquer qu’à la portion LGV du GPSO. RFF ne paraît pas ouvert pour appliquer ces conditions aux portions de lignes classiques modifiées entre Bordeaux et Saint Médard d’Eyrans ce qui risque de pénaliser fortement les habitants situés au bord de ces voies.

Rappelons à ce sujet que RFF entend rester strictement dans le cadre réglementaire et qu’il répondra aux mesures de protection phonique pour les bâtis qui seraient conservés mais seulement ceux qui supporteraient, du fait de la LGV, des niveaux de bruit moyen (Laeq) supérieurs au seuil réglementaire.

Le cabinet d’étude Inexia, partenaire de RFF dans le GPSO, indique que la LGV pourra couper l’axe de l’aqueduc de Budos qui se verra muni alors d’un siphon.

Enfin la réunion « GT6 Enjeux fonciers et patrimoniaux » se termine en précisant que le milieu agricole/sylvicole/viticole sera l’objet d’une restructuration foncière visant à compenser la coupure LGV. Par ailleurs on parle de mesures de compensation, pilotées par France Domaines, pour favoriser la relocalisation des entreprises autres qu’agricoles/sylvicoles/viticoles au-delà de l’emprise LGV.

 

La deuxième réunion (GT7 Environnement) s’ouvre alors en présence de RFF et des experts en environnement de leur cabinet d’étude.

Au-delà des redites venues de la précédente réunion (GT6), les experts explicitent certains points particuliers qui seront mis en œuvre dans le GPSO.

On parle dorénavant d’un enfouissement possible des lignes électriques THT[V] pour la LGV.

RFF lance une nouvelle étude concernant l’impact de la LGV sur les Trames vertes et bleues.

Il est fait état des mesures de bruit réalisées en différents points du tracé de la LGV sans que soit apporté un rapport précis sur les résultats de celles-ci.

Elles doivent servir à conforter le modèle mathématique qui calcule les niveaux de bruit attendus dans les zones autour de la LGV en trafic stabilisé à To + 30 ans après la mise en service du GPSO où l’on prévoit 100 trains par jour et par sens dans le tronc commun en Sud-Gironde et 45 trains par jour et par sens dans les autres secteurs.

LGVEA insiste pour que les résultats et les méthodes employées dans cette étude nous soient communiqués[VI].

Inexia prévoit 25ha d’emprise LGV sur les trois zones Natura2000 identifiées et 55ha sur les trois ZNIEFF présentes sur le tracé.

Il y aurait un « mamelon paysagé » qui serait proposé en protection phonique dans le secteur du quartier Roqueton à Castres-Gironde ainsi qu’un aménagement paysagé spécifique au droit du Château Millefleurs à Cadaujac.

On parle brièvement, et il y aura lieu d’y revenir plus longuement lors des prochains contacts avec RFF, des niveaux sonores « conventionnels » qui caractérisent les infrastructures ferroviaires. Nous avions déjà abordé cette « thématique  bruit » dans un précédent article du blog.

Inexia délivre un tableau donnant les niveaux Laeq de bruit pour une ligne à grande vitesse (V> à 250km/h) et évoque des niveaux Laeq de 63 dB(A) le jour et 58dB(A) la nuit dans le cas des zones de vitesse < à 250 km/h.

Type de zonage

(LGV à V>250km/h)

Niveau Laeq dB(A) (6/22h)

Niveau Laeq dB(A) (22/6 h)

Ambiance préexistante

60

55

Ambiance nuit ou non modérée

65

60

Etablissements de santé ou d’enseignement

57/60

55

Il est évoqué un équipement particulier de protection phonique du quartier de Thion à Ayguemorte-les-Graves : on signale à RFF que cela semble peu réaliste compte tenu que le Maire d’Ayguemorte-les-Graves a demandé à RFF d’envisager le déménagement/dédommagement des habitants de ce quartier qui serait totalement enserré dans un triangle ferroviaire insupportable entre le déplacement de la voie actuelle et l’implantation d’un ouvrage supportant la LGV.

 

Que doit-on retenir de tels échanges ?

Sans revenir sur les dispositions techniques particulières qui se rapportent au GPSO, il convient de poser une nouvelle fois la question fondamentale de la place du citoyen dans une démocratie représentative qui doit prendre en compte de plus en plus une dimension participative.

RFF use d’un double stratagème en distillant les renseignements sur le GPSO, d’une part de manière différentiée (réunion vers les élus, réunion vers les associations),  et d’autre part en décalage temporel (évocation le plus tard possible des effets réels impactant le territoire), ce qui ne nous semble pas relever de l’éthique affichée dans la Charte de la Concertation.

Nous avions déjà manifesté nos inquiétudes et nos reproches envers RFF quant à son « interprétation » de la Charte dans la « concertation » qu’elle mène dans les groupes de travail en nous adressant au garant en décembre 2010.

Il faut attendre mi septembre 2011, soit un an après le début des groupes de travail de la phase 2, pour que transpirent enfin quelques précisions sur des éléments touchant à notre cadre de vie et qui semblaient évidents dès l’annonce des fuseaux en mai 2010 : maintien rigide d’un respect de la réglementation en matière de protection acoustique, volonté de RFF de restreindre les mesures d’expropriations sur le tracé LGV aux 25m de part et d’autre de l’emprise, réticences très fortes du maître d’ouvrage quant à la prise en compte dans le dossier EUP de la LGV des aménagements/construction des voies classiques entre Bordeaux et Saint Médard d’Eyrans… toutes choses que nous dénoncions au cours des premiers contacts avec RFF.

L’expérience vécue par les habitants et élus en Nord Gironde sur le tracé de la LGV Tours-Bordeaux montre que nos inquiétudes sont peut être fondées quant à la non volonté de RFF d’entendre vraiment les doléances des habitants et des élus locaux sur nos territoires.

Cela ne fait que renforcer notre volonté d’être face à RFF pour amplifier ces demandes et faire front commun avec les élus locaux afin que « l’homme », le citoyen,  soit au centre  de la défense de notre environnement.

Ne nous soumettons pas à la propagande de RFF qui s’illustre partout avec le slogan « Nous avons de grands projets pour vous ».

Nos projets de vie, nous souhaitons en être maître afin de garantir, pour nous-mêmes et nos enfants, un avenir mariant un environnement protégé à des conditions socioéconomiques équitables.

Le temps presse. Luttons tous ensemble pour la défense de notre environnement.

 

Jean-Robert Thomas                                  8 octobre 2011

 



[I] Cette lettre vient d’être distribuée par courrier mais n’est pas encore disponible à ce jour sur le site www.gpso.fr

[II] Le bilan de la 3ème consultation du public (9 au 21 mai 2011) n’est toujours pas consultable à ce jour sur le site GPSO.

[III] RFF a écarté 285 avis (bulletins blancs, bulletins sans rapport avec la consultation… ?).

[IV]Lors des précédents échanges avec RFF l’utilisation possible des voies existantes sur Beautiran pour une base travaux avait été écartée par RFF (voir la réponse donnée lors de la réunion publique de Beautiran du 24 septembre 2010). Depuis la réunion de travail avec RFF du 3 octobre 2011, on nous dit qu’elle devrait se situer entre Castres-Gironde et Saint Selve. Nous reviendrons plus avant sur cette information dans nos prochaines publications sur le blog.

[V] Certains participants à ce groupe de travail ne semblent pas connaître cette technique d’enfouissement des lignes THT et semblent circonspects quant à son application sur le GPSO (comment, à quel prix…). Rappelons que cette technique existe et a été employée par exemple pour la ligne électrique THT transfrontière entre la France et l’Espagne : voir site  http://jean-pierrebonnel.monblogue.branchez-vous.com/2011/5/8/ 

[VI] Rappelons que la Commune de Saint Médard d’Eyrans a elle-même écrit par deux fois à RFF afin de connaître avec précision les conditions de mesures acoustiques qui devaient être pratiquées auprès des voies actuelles et les résultats de la simulation mathématique qui doit donner la répartition spatiale du bruit attendu par la mise en place du GPSO à l’horizon To + 30 ans de sa mise en service (cf. lettre du 27 mai 2011).

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A cet effet il nous semble important de mettre à votre disposition les présentations publiques que nous sommes amenés à faire lors de réunions publiques. Ainsi nous débutons cette rubrique en proposant la consultation de la présentation faite le 8 juillet à Saint Médard d'Eyrans à l'occasion de l'Assemblée Constituante de notre association.

Bon visionnage. J.R . Thomas

 

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