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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 15:17

La récente édition du quotidien Libération (14 mars 2017) vient à propos nous rappeler que le billet TGV sur la LGV Paris-Tours-Bordeaux sera plus cher à partir du 1er juillet 2017.

A cette date le tronçon Tours-Bordeaux en LGV sera inauguré et LISEA (filiale de Vinci) percevra les péages pour chaque train qui empruntera cette voie. Jusqu’alors ceux-ci étaient payés par SNCF à RFF, sociétés en EPIC, qui ont fusionné lors de la réforme ferroviaire de 2015.

Selon Libération, et selon l’horaire du TGV, le prix du billet pourrait donc être de 10 à 25 % plus cher qu’aujourd’hui, ce qui confirme que de telles infrastructures ferroviaires à grande vitesse ne sont pas forcément en faveur de l’usager « standard ». Le TGV reste, comme cela a été démontré plusieurs fois, un transport élitiste réservé aux cadres et catégories sociales supérieures capables de débourser (eux-mêmes ou leur employeur) 150 à 250 euros[1] pour un aller-retour Paris-Bordeaux.

L'usager va payer

Comme l’évoque Libération on peut se poser la question des gagnants et des perdants dans cette nouvelle offre TGV.

On estime que Vinci et ses associés factureront le péage pour une rame à 7000 euros et SNCF Mobilités devra payer pour les 33 trains quotidiens que l’Etat lui a imposés après « négociation » avec LISEA. Ce qui devrait conduire à une perte d’exploitation pour SNCF de 90 millions d’euros sur la période juillet/décembre 2017. Epreuve schizophrénique pour l’Etat, actionnaire à 100% de SNCF !

Avec ses 50 milliards de dette SNCF va ajouter de la dette à la dette si l’Etat soutient encore et encore la construction de nouvelles LGV et confie leur construction aux PPP.

Dès 2011 le Canard Enchainé (édition du 21 juillet 2011) pointait le pont d’or offert à Vinci par le gouvernement. Contrairement aux « fake news » parues ici et là la responsabilité financière limite de Vinci serait de 350 millions d’euros sur les 7,8 milliards du contrat de concession soit environ 4,5%. On retrouvait le commentaire du Canard sur le site de ace.hendaye.over-blog où on pouvait lire « Le solde de la facture du Tours-Bordeaux, soit 7,33 milliards, sera à la charge des pouvoirs publics (Etat, Europe, collectivités locales, Caisse des dépôts, RFF...). Le tout sous la forme de subventions, de garanties financières ou de prêts de très longue durée. « Le gouvernement a camouflé, sous des appellations diverses, des subventions étatiques qu'il n'a pas osé avouer », persifle un dirigeant de la SNCF. C'est ce que Sarko appelle un marché « gagnant-gagnant » ... ».

Pour être complet sur la répartition du financement public-privé pour la LGV Tours-Bordeaux on peut citer le communiqué d’ATTAC France du 1er mars 2017. On peut confirmer ce que nous dénonçons depuis longtemps dans les contrats en PPP qui favorisent l’investisseur privé au détriment des financeurs publics (Etat, collectivités) :

« Malgré un montage financier opaque dont les détails sont protégés par le secret industriel et commercial, on peut voir que cet apport est abusivement gonflé par l’incorporation des 1,2 milliards d’euros que la société devra payer sur ses emprunts. Lisea n’apporte en réalité que 2,4 milliards d’euros (fonds propres et emprunts), le reste étant des subventions publiques (42 %), ou encore des investissements de SNCF Réseau (26 %). « Lisea n’apporte que 772 millions de fonds propres, et emprunte tout le reste sous forme de crédits bancaires garantis par l’État et RFF, d’où un transfert des risques du privé au public. Enfin, « le contrat de concession limite la responsabilité financière de VINCI à 350 millions, soit 4,5 % de l’addition finale ». ».

La rémunération des actionnaires de Vinci serait de 14% !

Or ce cancer financier pour le public semble se propager dans les esprits de certains élus qui poussent à construire toujours plus de LGV.

Ainsi Jean Dionis du Séjour, président de l’agglo d’Agen et conseiller régional Nouvelle Aquitaine qui déclare dans l’édition de Sud-Ouest.fr du 3/03/2017 à propos du financement du GPSO: « Il y a une problématique de financement sur ce projet que l’État doit trouver en y mettant le sérieux nécessaire. Car il ne peut pas exiger des collectivités territoriales qu’elles s’engagent derrière pareils grands projets », a insisté Jean Dionis, le président de l’Agglomération d’Agen ».

N’oublions pas que Jean Dionis du Séjour réclame aussi dans le GPSO la création d’une nouvelle gare TGV externalisée sur le site de Sainte-Colombe où il entend implanter une Technopole à sa main et financée par le contribuable.

D’autres thuriféraires jouent aussi sur le citoyen/contribuable pour leur totem technologique, la LGV, sur « leurs terres ». Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, fait pression sur Guillaume Pépy, président de SNCF, pour qu’il s’engage pour le GPSO. Or ce dernier ne partage pas l’enthousiasme de l’élu toulousain sur les ondes de France Inter le 10 mars 2017 lui qui doit subir une perte d’exploitation (cf. supra) avec la mise en service de la LGV Tours-Bordeaux et qui dit « …qu’elle est la dernière LGV [Tours-Bordeaux – NDLR] pour le moment… ». Euphémisme pour dire que la LGV Bordeaux-Toulouse ce n’est pas pour demain … !

Avec bien d’autres opposants au GPSO nous sommes persuadés que la priorité évoquée dorénavant par G. Pépy pour la rénovation des lignes existantes place au second rang les LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax qui exigent un financement supérieur à 9 milliards d’euros (CE2013). C’est ce que rappelait ces jours derniers Charles d’Huyvetter, président de l’association TGV en Albret dans les colonnes de la Dépêche : « Tout le monde est très prudent, c'est clair. Et peu de politiques osent s'exprimer comme ils le faisaient dans les mois précédents ». « Certes, on a été agacé par la réunion qui s'est déroulée à l'Agropole, mais on reste confiant. Au minimum, le projet prend du retard et surtout, les finances publiques sont absorbées par le super métro autour de Paris et la ligne Lyon-Turin. Au bas mot, dans le cas où l'État persisterait dans sa volonté, c'est sept à huit ans de retard !»
En savoir plus sur http://www.ladepeche.fr/article/2017/03/17/2537643-lgv-duraille-la-bataille.html#d8gFyD1HlPOyUdTK.99.

Alain Rousset, qui conduisit la troupe des collectivités territoriales dans le financement de la LGV Tours-Bordeaux avec un marché de dupes qui promettait à ces dernières l’arrivée de la LGV à Toulouse et à Hendaye, devient plus circonspect quant au « miracle LGV » pour les territoires.

Tout récemment dans les colonnes de Sud-Ouest il appelle les collectivités à prendre leurs responsabilités car la LGV ne serait pas (plus) la fée Clochette : « Selon les études menées sur la plupart des arrivées de LGV sur les autres territoires en France, ces vingt dernières années, la prime va aux villes desservies par cet outil, mais à condition qu’elles… s’en donnent les moyens.

Des éléments de ces travaux seront dévoilés lors du débat, mais les agglomérations et les mairies doivent préparer – et surtout accompagner – cette arrivée : innover, investir. Proposer des logements, des bureaux, ou alors les trains passent… mais personne ne descend développer l’activité. « C’est à elles de jouer ce rôle. On ne va pas se substituer aux agglos, aux communes. Il y a des opportunités. Mais chacun doit assumer ses responsabilités », invite ainsi Alain Rousset. ».

Quand nous disions que « l’effet TGV » était un mirage pour l’essor économique des territoires on nous riait au nez : la réalité reprend le dessus et nous verrons dans les prochains mois ce qu’il en sera pour des villes comme Tours, Poitiers, Angoulême, Cognac, la Rochelle…toutes appelées pour leur éco dans le financement de la LGV Tours-Bordeaux.

Les LGV semblent bien devenir un boulet économique pour le contribuable français et la LGV Bordeaux-Toulouse en est un exemple tel que des parlementaires, 8 sénateurs de droite et de gauche, demandaient en septembre 2016 le gel du projet dont le coût est jugé excessif.

La Dépêche, média[2] si souvent favorable aux LGV, en venait à titrer « Toulouse : y aura-t-il un vrai TGV à Matabiau ? » dans son édition du 14 mars dernier.

Les différents recours déposés contre le GPSO par des associations, des collectivités territoriales, des communes, des particuliers, des syndicats… trouvent dans toutes ces informations leur justificatif.

LGVEA a pour sa part engagé trois recours dans ce cadre :

Un contre la DUP des Aménagements Ferroviaires au sud de Bordeaux (AFSB) devant le tribunal administratif de Bordeaux

Un contre la DUP des Aménagements Ferroviaires au Nord de Toulouse (AFNT) devant le tribunal administratif de Toulouse

Un contre la DUP des LN du GPSO (Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax)[3] devant le Conseil d’Etat.

L’avocat Pierre Hurmic, défenseur dans un recours contre la DUP des LN du GPSO déposé par des associations et collectivités en sud-gironde, met en avant les aspects financiers et environnementaux du GPSO pour penser que ce projet ne verra pas le jour : « "Ces deux arguments financiers et environnementaux me confortent dans la certitude que ce projet de GPSO ne verra pas le jour " souligne Pierre Hurmic qui se dit persuadé que le Conseil d’Etat annulera la déclaration d’utilité publique du GPSO ». (Cf. Sud-Ouest du 7/03/2017).

On pourrait rajouter comme le signifiait Florence Laumière et Jean-Pierre Wolff dès 2013[4] que le tracé Paris-Toulouse par Bordeaux exclut des agglomérations de l’hinterland qui peuvent s’en trouver pénalisées à terme. Ils écrivent : « Quand les réseaux modernes et rapides évitent des villes importantes porteuses de centralité dans des espaces peu denses, et ce pour accélérer la mise en communication des métropoles majeures, comme en témoigne le choix du tracé Paris-Toulouse par Bordeaux, au détriment d’un axe plus central desservant Brive et Limoges, force est de constater que le territoire se déforme et se contracte. Nous pourrions ajouter d’autres exemples comme celui de la desserte Paris-Bâle qui irriguait Troyes, Vesoul et Belfort, et qui depuis juin 2007 se fait maintenant par la LGV Est en passant par Strasbourg, ou encore la relation Lyon-Nantes par TGV court-circuitant depuis quelques années les villes du nord du Massif Central et de la région Centre, pour passer par Paris ». Cela est d’autant plus notable que les auteurs toulousains n’ont pas de rejet inné pour la LGV Bordeaux-Toulouse.   

Pour terminer cet article je voudrais citer ce qu’écrivaient, il y a plus de 10 ans déjà, Nicolas Beau, Laurence Deguay et Marc Fressoz à propos de l’irréalisme du tout LGV/TGV.[5]

Ils rapportaient les propos de Mathias Emmerich, dirigeant de SNCF à l’époque, sur l’inconséquence des décideurs (p18) : « Les politiques veulent du TGV partout, du Corail partout, du train régional partout, des autoroutes partout ».

La SNCF n’est pas toujours heureuse des décisions du politique en matière de ferroviaire. On peut lire sous la plume des auteurs cités plus haut (p205) un témoignage percutant : « En janvier 1995 un rapport interne SNCF mettait le holà à cette folie des grandeurs (TGV Montpellier/Barcelone et/ou Perpignan/Barcelone). On pouvait y lire « on fait trop facilement du TGV la panacée du redressement économique du département. Or le bilan sera amplement négatif », et plus loin « depuis la direction de la SNCF n’a guère changé d’avis…le Perpignan/Barcelone est une vraie connerie, explique-t-on en interne, on ne rêve que d’une chose c’est que le tunnel s’effondre ».

Belle épitaphe pour une LGV qui, trois ans après son inauguration, s’est trouvée en faillite ![6]

 

Pour LGVEA

Le président Jean-Robert Thomas

18/03/2017  

 

[1] Hors offres promotionnelles.

[2] N’oublions pas que le groupe La Dépêche est présidé par Jean-Michel Baylet qui a toujours poussé dans ses fonctions électives et ministérielles à la construction des LGV.

[3] Plus précisément Saint Médard d’Eyrans/ Saint Jory et Saint Médard d’Eyrans/Dax

[4] Florence Laumière, Jean-Pierre Wolff, « Le projet de LGV Bordeaux-Toulouse : des perceptions territoriales différenciées », Annales de géographie 2013/1 (n° 689), p. 95-107. DOI 10.3917/ag.689.0095

[5] « SNCF, la machine infernale », Nicolas Beau, Laurence Deguay, Marc Fressoz ; le Cherche Midi, 2004.

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Notre association s'est fixé dans ses objectifs d'être source d'information et de réflexion sur les problèmes environnementaux en général, et sur le projet de LGV en particulier, dans nos territoires.

A cet effet il nous semble important de mettre à votre disposition les présentations publiques que nous sommes amenés à faire lors de réunions publiques. Ainsi nous débutons cette rubrique en proposant la consultation de la présentation faite le 8 juillet à Saint Médard d'Eyrans à l'occasion de l'Assemblée Constituante de notre association.

Bon visionnage. J.R . Thomas

 

Cliquer ici:

 http://sd-2.archive-host.com/membres/up/8889538985686605/reunionspubliques/Module_presentation_AG_constituante_V2.ppt

 

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